jeudi 18 mars 2010

La chronique de Jean-Benoît

Jean-Benoît est un mec de mon âge qui a aussi passé les deux premières années de sa vie active au Cambodge. Il écrivait une chronique dans un journal francophone qui paraît à Phnom Penh. Il est rentré en France depuis peu et voici son dernier post.
Je vous avoue que c'est exactement le style de pensées qui trottent dans ma tête ces derniers temps...


L'avion s'envole. Au bord du hublot, je regarde mon pays d'accueil s'assoupir. J'essaie de repenser à toutes les choses que j'ai pu faire et que j'aurais dû faire. C'est dans ce pays que je me suis installé après mes études, c'est au Cambodge que j'ai commencé ma vie professionnelle, c'est à Phnom Penh que j'ai appris une nouvelle vie. Après plus de deux ans passés au pays du sourire naïf, je dis une dernière fois au revoir à ce pays qui m'a accueilli à bras ouverts. Quand te reverrais-je, pays merveilleux ?

Paris, terminus du vol. Il fait -5°C. Ici on ne sourit plus. Deux policiers pour vérifier les passeports de plus de 400 passagers. Pas de doute, je suis bien arrivé en France, à Roissy Charles de Gaulle, l'aéroport le plus mal côté du monde. Après avoir récupéré mes bagages, j'attrape un taxi et me dirige vers Paris intra-muros.

La ville défile sous mes yeux. Je ne me sens plus d'ici. Je ne suis plus un vrai Français. Certes j'ai redécouvert Claude François et le bon pain une fois à Phnom Penh mais ici, ce n'est plus la même chose. Je ne suis plus personne. Juste un Monsieur tout-le-monde. Le taxi arrive à destination. Premier revers, 50€ la course. Je suis déjà nostalgique du taxi cambodgien à 10$ le trajet. Une fois mes valises posées, je décide de flâner dans cette ville musée qu'est Paris. Aah, Paris, sa romance, la Seine, ses crottes de chiens sur la chaussée et ses habitants délicats. Je m'assoie à la terrasse d'un café plein de prétentions. Je prends l'incontournable café parisien accompagné de son verre d'eau à 5€. "Les verres d'eau c'est au bar". Merci, vous êtes bien aimable, par contre pour le pourboire, ce sera aussi au comptoir. Ah la la, moi qui vantais le service à la française à qui voulait l'entendre, j'étais bien loin de tout. Oh ! Une personne bridée, peut-être que c'est un Cambodgien ... Non, ce sont des Japonais qui comme moi, visitent la France. Je dois me rendre à l'évidence, je suis un touriste dans mon propre pays.

Faire le ménage soi-même, marcher d'un point A à un point B, cuisiner, glisser sur une plaque de verglas, m'énerver, vider son compte en banque pour un steak-frites ... Toutes ces choses ne m'avaient pas manquées. J'avais la belle vie au Cambodge. Bien sûr j'ai retrouvé ma famille, la bonne bouffe, le théâtre, le cinéma, les concerts et mes amis mais j'ai perdu l'habitude de fumer en boîte, de reprendre un dernier verre à la fin d'un dîner au restaurant, le réflexe de rentrer en taxi ou encore de sourire à tout va. Le plus dur dans un retour d'expatriation est ce qu'on a laissé là-bas. Vous avez beau essayer de partager votre séjour avec vos proches, le Cambodge ne se raconte pas en photo, il faut aller au karaoké, se coller une bonne indigestion au marché ou se balader à toute allure en motoduop sans casque pour comprendre. La naïveté ambiante me manque, le Soleil bien sûr mais surtout une vie paisible, loin de toute administration, loin des règles et des lois stupides qui régissent mon nouveau quotidien. Ma vraie liberté était au Cambodge.

Voilà maintenant deux mois que je suis rentré. Avec du recul, je constate avec étonnement que je suis un expat', que je ne suis plus vraiment un Français de France mais un Français d'ailleurs. Le chapitre cambodgien s'est malheureusement tourné. Peut-être qu'un jour, je reviendrai. Je viens à peine d'emménager dans un 40m² dans Paris, que je pense déjà au prochain pays dans lequel je vais m'installer. Alors quand je vois une destination de rêve en promotion dans le métro, je souris et je me dis que les vacances au Soleil c'est nul, mieux partir travailler sous le Soleil. En attendant, je fais la queue aux allocations familiales et me demande si en ayant 24 ans et travaillé deux ans à l'étranger, je remplis les conditions pour toucher le RSA.

1 commentaire:

sarah a dit…

C'est sur que tu vas ressentir tout ça.
Mais si jamais tu as un gros coup de blues tu sais que tu peux tel quand tu veux et passer aussi.
Bisous chérie